13 novembre 2009
Veiled.
C'est parti de rien. Juste la pluie, la nuit et une otite dans l'oreille droite et Laure qui s'enturbanne dans son kefieh, l'air revanchard (marre d'être mouillée). Je suis partie de mon côté, j'avais froid, et au milieu des barres de l'esplanade, j'ai enroulé mon (faux) pashmina autour de la tête. Princesse orientale de pacotille. Voilée.
N'empêche, j'étais bien, protégée, de la pluie, des gens, du monde ; avec mes oeillères bleues et vertes. J'ai marché, je me suis dit « tu ne l'enlèves pas avant d'être chez toi », juste pour voir ce que ça fait. Personne ne m'a rien dit. Quelques regards – mais moins que les fois où je me baladais dans Strasbourg avec chapeau et rouge à lèvres rouge.
Dans le tram, je me suis rendu compte
que je me recroquevillais ; je me tenais voûtée, le
menton enfoncé dans le tissu, pliée sous la honte
d'être un fake. Un peu de peur aussi, sans doute. Mais
rien.
Après, j'ai marché, vite, jusqu'à chez
moi. C'était bizarre de voir mon ombre sur les murs, toute
ronde.
J'ai monté les escaliers. Une petite impression de flagrant délit – mais quand je me suis regardée dans le miroir, avant de redevenir moi, sans signe religieux ostentatoire, j'ai vu une fille un peu jolie, et un peu mystérieuse.
Marseille Vieux Port 2009
30 octobre 2009
Parler sur skype
Et autres bizarreries du temps moderne.
Je suis teeellement 21ème siècle. J'en veux pour preuve mon air nonchalant quand je parle à un écran, mollement affalée sur un siège du bureau. Sans être surprise une seule seconde que mon écran me réponde avec la voix d'une copine expatriée à Pékin, à Newcastle ou à Séville (Oui bon elles se reconnaîtront, ça va, je suis pas siii ouverte au monde que ça).
Je vois leur visage un peu blafard (le mien n'est pas beaucoup mieux) et elles comme moi, on mange, on fume, on vaque à nos occupations tout en discutant comme si on était en train de boire un café (physiquement) face à face. De temps en temps, la réalité nous rattrappe, une connexion merde et c'est le retour à la préhistoire (emails et autres messageries instantanées).
Je me sens très femme d'affaires, genre le Pentagone parle à l'ONU (même si c'est pour raconter à Adèle les derniers potins alsaciens). J'ai presque envie de hurler « Bonjour, Charlie !», quand j'entends le petit *Toudi... Toudidoum* qui m'indique qu'un quidam veut rentrer en contact avec moi.
Après, ça finit par « je te laisse, je vais me coucher » (Hein ? Mais il est que 18h30 ! Ah oui, c'est vrai, y'a 6 heures de décalage horaire avec la Chine). Pour ma part, j'irai faire des courses, en n'oubliant pas mon shopping bag en tissu et en me refusant aux caisses automatiques, sous peine de me faire engueuler par un amoureux soucieux de la cause des caissières (en chair et en os celles-là).
Mais quand même, c'est rigolo les caisses automatiques. Surtout moi qui adorait jouer à la marchande. Biip ! Je scanne la crème fraîche. Bon, ok, j'imagine que faire ça huit heures par jour, c'est déjà carrément moins drôle...
En rentrant, j'irais consulter mon facebook où j'ai quelque 222 amis. Le 21ème siècle, c'est ça aussi : avoir vachement plus de potes sur l'écran qu'en vrai. Qu'importe, je peux m'inscrire dans le groupe « je suis plus diplômée que Jean Sarkozy » et le faire savoir à la terre entière. Qui l'eut cru en 1999 ?
En 2009, ma carte étudiante est à puce, et selon mes informations, elle est capable de me faire voyager (dans Strasbourg, hein, et en tram, faut pas déconner, c'est pas un tapis volant non plus), me faire bouffer (au RU), me donner accès au savoir (si je veux bien me bouger le cul dans les bibliothèques universitaires, au théâtre, au ciné), tout cela moyennant finance et fichage en règle dans les services informatiques ô combien performants de l'université unique. Je dis selon mes informations parce que je n'ai pas expérimenté tous ces merveilleux possibles – flemme d'aller activer le précieux sésame dans quinze services différents oblige.
Mais quand même ! C'est beau la technologie non ?
Ah oui, j'oubliais... En 2009, on est doté d'une formidable capacité à oublier les trucs désagréables. En 2005, on hurlait dans les rues que Villepin devait serrer les fesses, parce qu'on arrivait à toute vitesse. Aujourd'hui, tout le monde le trouve super classe parce qu'il parle (presque) comme Zola. Ah oui, et il y en avait un autre, là, comment il s'appelait... Chirac, c'est ça ? Oui, bah, bon, il était pas si mal, finalement (c'est sûr que quand on compare...) et puis il a peut-être deux trois bricoles sur la conscience, mais « c'est de l'histoire ancienne, on pourrait peut-être le laisser tranquille ? » C'est pas moi qui le dit, c'est Ségolène Royal, hein.
26 octobre 2009
Aller chez mes copains qui habitent pas loin, la nuit.
« Je viens à 21h30 ! »
21h32. Oui, ça va, j'arrive. Juste, je prends mes clés – merde, mes clés, ah putain mes putain de clés, bon, mes chaussures (lesquelles ? Allez, soyons fous, les « à paillettes », je brillerai dans le noir), où sont mes clés ? Bon déjà, mon sac, portefeuille, cigarettes, et tout le kit de survie pour franchir quatre minutes de route sombre sous ciel sans étoiles. Mes clés ? Oh, mes clés. Dans la baignoire.
21h45 Ready to go ! Dès que j'ai fermé le gaz, éteint les lumières, fermé les fenêtres, vérifié que j'avais mes clés.
Trois étages plus bas, me voilà dans la rue. Il pleut à peine. C'est encore plus joli. J'admire mes chaussures à paillettes dans les flaques. Kaléidoscopiques. Le chemin, je le connais par coeur – tourner à gauche traverser le passage piéton prendre la rue en face – des fois je me trompe encore, mais c'est pour rigoler.
Après, il y a cette longue rue un peu sombre, et j'ai toujours un peu peur qu'il y ait quelqu'un dans les voitures garées, éteintes et aveugles sur le trottoir. Mais je ne croise que des quidams sifflotants – c'est marrant d'ailleurs, le soir, quand les rues sont vides, les gens se disent plus facilement bonsoir.
Je suis dans une BD en noir et blanc, bien noir le trait noir, avec de longues berlines qui font des éclaboussures noires et blanches, et des pardessus, et des mégots fumants. Enfin, ça, c'est mon imagination.
Cette longue rue n'est pas si longue – je suis toujours surprise quand je vois, à dix mètres de moi, les néons roses du nouveau Döner qui a ouvert y'a pas longtemps (il est bon, les serveurs sont un peu lents m
ais attachants, et puis ils font des super menus étudiants. C'est précieux, une bonne adresse de Döner).
Les néons roses du nouveau Döner m'indiquent que je dois tourner à gauche, et là, là je suis presque arrivée, et j'ai toujours cette petite satisfaction – déjà là ?
Chaque fois, ça loupe pas, je
regarde mon téléphone avec fierté pour voir
combien de temps j'ai mis, et je suis presque toujours déçue.
Sur
ces entrefaites, je finis par arriver en bas de l'immeuble. Là,
si la fenêtre est ouverte au cinquième, j'entends des
petits rigolos qui s'imaginent qu'on les entend pas du dehors, et
sinon, tant pis.
Je sais très bien que leur nom sur la sonnette est tout en haut en partant de gauche, mais j'y vois rien, et pour être sûre de pas réveiller un voisin, j'allume la lumière avant d'appuyer sur le bouton.
Je sonne, avant de me rendre compte que la porte était ouverte.
Et là. Cinq étages.
Plusieurs écoles s'affrontent. Certains gravissent le sommet quatre à quatre, quitte à vomir des poumons arrivés en haut. D'autres comptent les marches. Moi, j'essaye à tout prix d'oublier que je monte des escaliers, en chantonnant genre « lalalaaa, je pense à autre chose, dididouuu », et une fois arrivée en haut, je feins de m'étonner. « Déjà arrivée ? Pfiou ! »
(Alors que bon, je suis au bord de
l'apoplexie)
Je claque la porte... Et... Salut les copains !
Photo : @ home, @ night
22 octobre 2009
Scrogneugneu
Magali aurait attrapé la Scrogneugneu. Maux de tête, mal de gorge. Fièvre du lundi matin. Courbatures à l'origine indéterminée (étant donné que le seul sport que fait Magali, c'est le canardage de pots de nutella). Perte de l'appétit (OMG). Le médecin est formel : interdiction de sortir, d'éternuer sur les gens, de bailler la bouche ouverte et d'aller à l'école. Pour Magali, pas grave : elle est étudiante (en lettres, donc de toute façon elle ne branle rien de ses journées, elle n'apportera jamais de fric à qui que ce soit – à part peut-être à tous les pâtissiers, cafetiers et autres tenanciers de bars de Strasbourg). Mais Magali, bravant la douleur, est descendue s'acheter un pain au chocolat à la boulangerie du coin (oui, Magali aime manger et boire, et puis perte de l'appétit oblige, ne la brimons pas lorsqu'elle veut se sustenter un brin.)
Martine, la boulangère, ne se sent pas très bien. On ne va pas se retaper la liste des symptômes, hein. Simplement, le lendemain matin, un joli panneau stabiloté indique sur la porte du magasin que c'est fermé pour cause de maladie (Blandine, la fille de Martine, n'a pas écrit « Scrognegneu », elle voudrait pas effrayer toute la population du quartier non plus. Par contre, elle est nulle en orthographe).
Fermer pour cause de maladie
Merde ! Blandine ! C'est pas compliqué ! Tu remplaces pas un verbe du 3ème groupe ! Mordre pour cause de maladie, ça te pose pas de problème ? Bref. De toute façon Blandine aussi finit par être atteinte, ainsi que son copain Roger qui bosse dans une agence immobilière, et Georges, banquier de son état, qui avait adoré ce petit F6 à la Robertsau, parquet, lumineux, libre de suite. Scrogneugneu !
La ville de Strasbourg toute entière est contaminée. Au lit Strasbourg ! Avec 40° de fièvre, on a jamais eu aussi chaud sous le brillant soleil alsacien. Du coup, une nouvelle vie s'organise. Pour pallier à l'absentéisme du à la maladie, le maire sélectionne les plus vaillants pour installer des lits avec de bons gros oreillers en plume d'oie et des coussins en plumes dans les bureaux de la Ville (même pour Fabienne Keller). Les conseils municipaux deviennent du coup l'occasion de joyeux ébats sans distinctions de couleur politique. Fini le clivage gauche-droite ! Bayrou aurait été heureux (mais à Pau, pas de bol, pas de grippe).
Comme plus personne ne peut aller bosser et que tout le monde est déjà malade, les cinés triplent leurs heures de séances. Au théâtre, on en profite pour présenter d'improbables et incompréhensibles pièces contemporaines ; le public enfiévré et enthousiaste, sujet à des hallucinations dignes des meilleurs champignons mexicains du marché des champignons, participe même aux chorégraphies.
Comme tout le monde a trop chaud, en plein mois de novembre, on voit refleurir tongs, bikinis multicolores et microjupes (avec tout de même une petite écharpe : faudrait pas attraper la mort !). Les supermarchés sont ouverts tout le temps et l'utilité des caisses automatiques est découverte (sauf que quand la machine dit « L'article déposé n'est pas celui enregistré », tout le monde s'en fout).
Comme personne ne veut bosser mais qu'il faut bien pallier aux demandes incessantes du consommateur, les gens s'entraident. Prenons Victor : il a envie de manger au Tarbouche, fameux restaurant libanais, puis d'aller boire une bière au Trou (on est dans la fiction, je le rappelle). Il va au Tarbouche, tape un High5 au cuistot, passe derrière le comptoir, se fait son petit casse-croûte en mettant trop de sauce blanche, et s'en va se tirer sa bière lui-même au Trou. Et c'est comme ça pour tout. A la préfecture, les gens se tamponnent eux-même leurs papiers. A la pharmacie, c'est un peu le bordel parce que tout le monde va dans la réserve se servir et des petits rigolos se font leurs propres mélanges de médicaments (c'est tellement rigolo de mélanger une pilule du lendemain broyée avec du synthol et de la crème pour hémorroïdes, juste pour voir ce que ça fait) et vident le stock de capotes (surtout les fantaisie perlées et nervurées). Les écoles n'ont pas fermé, simplement, les maîtresses ont instauré la sieste de cinq heures pour tout le monde.
Plus rien n'est obligatoire, le temps s'écoule plus lentement, les gens se rapprochent puisque s'isoler ne sert plus à rien. Rassemblés dans cette fièvre collective moelleuse comme un édredon, cette bande de feignasses se laisse glisser sur la vie, doucement, doucement. Quand la Scrogneuneu ira voir ailleurs si elle y est (genre à Marseille, ah non, ça fait un moment déjà...) il sera bien temps de retourner travailler.
20 octobre 2009
Kind of bittersweet chocolate

Marseille, Février 2009, métro
Ce soir je suis toute seule, et le plafond est mon ciel. J'ai jamais aimé la solitude, en fait. Un repas tout seul, par exemple, ça s'avale en deux minutes pour pas sentir comme c'est glauque. Pourtant, ce soir, c'était bon. Spaghettis aux moules. Ah oui, mais y'avait mon petit frère.
Ce soir je suis toute seule et j'ai plein de choses à dire, mais à qui je vais les raconter ? Faudra attendre demain matin. C'est pas très long. Je devrais arrêter de me plaindre. Mais des fois, une soirée mélancolique peut s'étirer comme un vieux chewing-gum et te faire te sentir vieille à 20 ans.
Ce soir je suis toute seule et j'ai des billiards de choses à faire. Mais la vaisselle dans un appartement vide, avec l'eau soit trop froide soit trop chaude et l'évier trop plein et le débit trop fort pour écouter la radio (qui de toute façon a quelque chose de lugubre quand il fait nuit et qu'il n'y a personne)... Comment dire. Bwah.
Mais travailler à l'ordinateur et devenir aussi blafarde que l'écran. Bwah.
Le lit est une option mais j'ai envie de danser, pas de dormir.
Ben oui, Zut ! ça y'est, j'ai été publiée dans mon premier beau magazine et personne n'est là pour le voir (pourtant j'ai pris quatre exemplaires – c'est les quatre mêmes, bien sûr, et ils sont tous trop classes.)
16 octobre 2009
Fall-Winter collection, and am back again
Y'a une odeur dans l'air... Enfin je
dis, air, air, c'est vite dit, je suis cloîtrée de froid
au *** rue Sainte Aloïse, aka mon appartement et toutes les
fenêtres sont fermées.
Non je veux dire, il y a une odeur
d'hiver, paradoxalement c'est une odeur très chaude, presque
brûlée. J'ai un foulard et des collants, et envie de
manger des Schoko-Lebkuchen (vous savez les coeurs de pain d'épice
enrobés de chocolat, mon frère les appelait « les
gâteaux qui rappellent Noël » quand il était
petit). Ca me fait penser que l'autre jour, à la cafèt',
ça sentait la mandarine. Ici, non, ça sent pas la
mandarine, c'est pas ce que je voulais dire – y'a des nuages froids
dans ma tête aussi, qui m'empêchent de réflechir.
Non, ici, c'est une odeur feutrée, très légèrement
âcre, une odeur de nuit à cinq heures du soir, une odeur
de c'est bientôt mon anniversaire. Silencieuse et joyeuse.
C'est l'odeur du radiateur, on a rallumé le chauffage.

Londres, juillet 2009, pluie, Saint James Park
13 novembre 2008
De l'usage de la traînardise éléphantesque
Ouioui.
Un état que je ne saurais nommer autrement.
Vous connaissez ça, sans doute. Le matin, vous vous dites "Yipee, je suis vraiment super motivée à faire ma disserte sur Edmond de Goncourt et mon exposé sur le premier chapitre de Nana" (gloups, ça sent le vécu) "je vais prendre ma douche et mon petit déjeuner, et ensuite, je profiterais de ce merveilleux jour férié pour travailler gaiement !"
Douche OK (enfin bain avec magasines)
Petit-Déjeuner très très OK même.
Après... Oh tiens si je fumais une cigarette/trainais sur internet/jouais au solitaire/et au démineur/appelais une copine/mangeais/ah merde il est déjà deux heures de l'après-midi.
A partir de là, la méthode Coué ne fonctionne plus, et il ne reste plus en vous que ce que j'appelerais "l'amorphe mouvante". Le principe est très simple : Cela consiste à se traîner d'une pièce à l'autre en mâchant du chocolat de préférence, à se sentir lourde et tellement inutile que le seul qualificatif qui me vient à l'esprit est "plof" (ce qui ne veut rien dire, c'est bien ce que je me tue à vous expliquer : vous ne servez à rien). Voilà, vous êtes passés de la phase à "je ne travaille pas mais j'ai des excuses, je fais des trucs vitaux et rigolos à la place" à "je ne travaille pas, je ne fais rien, je vous emmerde".
En général cet état se débloque juste avant le brossage de dents (quand il est l'heure de dormir)
Bon bref, si je vous raconte tout ça, c'est parce que je me demandais : Vous en avez vous des méthodes pour sortir de la Traînardise Eléphantesque ? Non parce que ça devient pesant ^^
Sur ce, je vous laisse : J'ai (devinez quoi) : une disserte sur Goncourt et un exposé sur Nana à rendre mardi...
Photo (HS) : Marseille, quartier du Panier, décembre 2007
11 novembre 2008
MAUS
MAUS, oui, d’accord, rien de très nouveau. Une BD traduite
en 18 langues, pour laquelle Art Spiegelman, son auteur, a reçu le prix
Pulitzer en 1992 (merci Wikipedia), ça ne passe quand même pas siii inaperçu
que ça. Bon oui OK mais vous l’aviez lu vous ? Parce que moi non.
Et voilà une entrée en matière aux petits oignons pour justifier le thème de
mon petit papier d’aujourd’hui. (Je ne sais pas pourquoi je me justifie d’ailleurs,
j’ai genre zéro lecteurs, donc…)
Bien, alors autant vous dire que déjà, avec une couverture pareille, on ne passe pas inaperçu dans le TER ligne Strasbourg-Sarreguemines (ah ces voyages en train…), c’est certain. Mais au diable Mme Truckmuschmitt en face de moi dans le train qui regardait d'un air dubitatif la tête-de-chat-croix-grammée ; MAUS m’a glacé et mangé toute crue.
C’est l’histoire d’Artie.
Il est né en 1948, juste après la guerre, de parents juifs, qui ont survécu à
la Shoah. Alors qu’il a tout juste 20 ans, sa maman se suicide. Quelques années
plus tard, il décide de dessiner l’histoire de la vie de ses parents, au rythme
d’entretiens, parfois un peu chaotiques, avec son père, qu’il enregistre tant
bien que mal.
Art Spiegelman dessine des animaux. Des juifs-souris, des
allemands-chats. Des polonais-cochons et des américains-chiens. Et il raconte l’histoire
de son père, une histoire singulière qui fait partie du destin de tant d’autres
personnes. Cette histoire, si dure, si inouïe, a fait dire à certains, après
1945, l’impossibilité de parler, comme Theodor Adorno, qui écrivit « C’est
une barbarie d’écrire le moindre poème après Auschwitz ».
Mais Spiegelman fait partie de la génération d’après, l’héritière douloureuse,
celle qui ne peut pas savoir et cherche à comprendre. Ses animaux lui
permettent de faire quelque chose d’impossible : raconter la Shoah en BD. Rapporter le témoignage de quelqu'un qui a vécu Auschwitz. En noir et blanc, en dessin. Le résultat n’en est pas moins remuant ou moins dur – c’est peut-être même le
contraire…
On est émus et en colère, on souffre, on rit même,
parfois (le personnage du père devenu vieux, irascible et radin, avec son drôle
d’accent, est à la fois très drôle, agaçant et très touchant) – et quand on
arrive à la fin du deuxième tome, après être passés par toute une guerre, et toute une palette d’émotions,
on a un choc – une photo.
Pas une de ces photos pleine de barbelés et de corps décharnés, non. Simplement
Vladek Spiegelman, le père d’Artie, à la fin de la guerre, « déguisé »
en prisonnier pour la photo, très beau. Une vraie photo. Et c’est cette photo
toute simple – presque une photo d’identité, qui nous fait prendre conscience que ces souris et
ces chats ont vraiment existé. Existent toujours, sous d’autres aspects.
Du coup, finalement, ça valait le coup de subir des regards
outrés dans le TER Strasbourg-Sarreguemines.
Maus. Un survivant raconte Tome I et II, Art Spiegelman, 1992, chez Flammarion
08 novembre 2008
Mamma mia ! Here I go again...
Je reprends du service.
Pour peu que je trouve des choses à raconter et des yeux pour me lire, me revoilà, machiavélique pourfendeuse de la société de consommation envers et contre tout pour le meilleur et pour le pire last but not least on the road, again, que du bonheur. Tremblez bourgeois !*
*Je rigole, hein. Je suis juste là, de nouveau.
Skanderborg, Danemark, avril 2008 - Photo Maxime
02 avril 2008
Mais ils sont tous à droite !
Et pas moi. Enfin, je crois... Parce qu'autant ces derniers temps j'étais un peu dans l'euphorie genre "les français se réveillent, wouhou", autant là je sais pas mais j'ai l'impression que tout se casse la figure comme... comme une étagère IKEA, et que tous les gens que je rencontre, côtoie, lis, ou ceux dont j'entends parler, sont des gros sarkozystes en puissance. Mais ils ont pas ouvert les yeux ou alors c'est moi qui comprends pas, qui me plante totalement, qui m'enferme dans un petit nuage d'illusions roselettes, qui ... ?
Vous me direz heureusement que les opinions divergent, sinon on s'ennuirait, mais j'ai l'impression d'être dans un espèce de cauchemar bizarre où dès que quelqu'un ouvre la bouche, il en sort une énormité bien de droite qui équivaut à "BONJOUR JE VOTE SARKOZY" et ça me met tellement mal à l'aise que je suis incapable de débattre ou de polémiquer parce que JE NE COMPRENDS PAS. Le pire, c'est pas le gros stéréotype du "connard de droite" (il y a aussi le connard de gauche) que tu sais que de toute façon vous n'avez rien en commun, non le pire c'est les gens par ailleurs charmants et que t'apprécie et qui te sortent ça comme un cheveu sur la soupe ; vraiment, c'est désagréable. (Bien sûr, on est pas obligé d'avoir que des amis de gauche si on a voté PS mais c'est toujours déroutant de s'apercevoir que des gens qu'on pensait, en bonne bête humaine, être comme nous... ne le sont pas. ^^)
Enfin, dites-moi qu'on est d'accord, notre Omniprésident est vraiment nul, non ? (oui un peu bref niveau argumentatif mais je cherche à convaincre personne, je cherche les gens comme moi [ouh la vilaine sectaire])
Signé GG (Grosse Gauchiste).
Le fond de la piscine, Miniature de Dan Olhmann, Lyon, Mars 2008
Article pétage de plombs, les quelques personnes qui me lisent comprendront, j'ai eu un partiel d'ancien français tout à l'heure et ce fut moultement usant. D'ailleurs les quelques personnes qui me lisent (genre Maman, ma soeur, Elsa, et Lucie) sont des GG aussi, elles seront de toute façon d'accord avec mon point de vue donc je m'en fous ^^








