Les petits papiers de Magali

Musique. Petites histoires aussi croustillantes qu'insignifiantes. Coups de coeur/gueule/fourchette/pelle/etc. Récits délicieux d'une vie passionnante (haha). Bienvenue ici, croquantes et croquants.

30 octobre 2009

Parler sur skype

Et autres bizarreries du temps moderne.

Je suis teeellement 21ème siècle. J'en veux pour preuve mon air nonchalant quand je parle à un écran, mollement affalée sur un siège du bureau. Sans être surprise une seule seconde que mon écran me réponde avec la voix d'une copine expatriée à Pékin, à Newcastle ou à Séville (Oui bon elles se reconnaîtront, ça va, je suis pas siii ouverte au monde que ça).
Je vois leur visage un peu blafard (le mien n'est pas beaucoup mieux) et elles comme moi, on mange, on fume, on vaque à nos occupations tout en discutant comme si on était en train de boire un café (physiquement) face à face. De temps en temps, la réalité nous rattrappe, une connexion merde et c'est le retour à la préhistoire (emails et autres messageries instantanées).
Je me sens très femme d'affaires, genre le Pentagone parle à l'ONU (même si c'est pour raconter à Adèle les derniers potins alsaciens). J'ai presque envie de hurler « Bonjour, Charlie !», quand j'entends le petit *Toudi... Toudidoum* qui m'indique qu'un quidam veut rentrer en contact avec moi.
Après, ça finit par « je te laisse, je vais me coucher » (Hein ? Mais il est que 18h30 ! Ah oui, c'est vrai, y'a 6 heures de décalage horaire avec la Chine). Pour ma part, j'irai faire des courses, en n'oubliant pas mon shopping bag en tissu et en me refusant aux caisses automatiques, sous peine de me faire engueuler par un amoureux soucieux de la cause des caissières (en chair et en os celles-là). Mais quand même, c'est rigolo les caisses automatiques. Surtout moi qui adorait jouer à la marchande. Biip ! Je scanne la crème fraîche. Bon, ok, j'imagine que faire ça huit heures par jour, c'est déjà carrément moins drôle...
En rentrant, j'irais consulter mon facebook où j'ai quelque 222 amis. Le 21ème siècle, c'est ça aussi : avoir vachement plus de potes sur l'écran qu'en vrai. Qu'importe, je peux m'inscrire dans le groupe « je suis plus diplômée que Jean Sarkozy » et le faire savoir à la terre entière. Qui l'eut cru en 1999 ?
En 2009, ma carte étudiante est à puce, et selon mes informations, elle est capable de me faire voyager (dans Strasbourg, hein, et en tram, faut pas déconner, c'est pas un tapis volant non plus), me faire bouffer (au RU), me donner accès au savoir (si je veux bien me bouger le cul dans les bibliothèques universitaires, au théâtre, au ciné), tout cela moyennant finance et fichage en règle dans les services informatiques ô combien performants de l'université unique. Je dis selon mes informations parce que je n'ai pas expérimenté tous ces merveilleux possibles – flemme d'aller activer le précieux sésame dans quinze services différents oblige.
Mais quand même ! C'est beau la technologie non ?

le_chat_internet


Ah oui, j'oubliais... En 2009, on est doté d'une formidable capacité à oublier les trucs désagréables. En 2005, on hurlait dans les rues que Villepin devait serrer les fesses, parce qu'on arrivait à toute vitesse. Aujourd'hui, tout le monde le trouve super classe parce qu'il parle (presque) comme Zola. Ah oui, et il y en avait un autre, là, comment il s'appelait... Chirac, c'est ça ? Oui, bah, bon, il était pas si mal, finalement (c'est sûr que quand on compare...) et puis il a peut-être deux trois bricoles sur la conscience, mais « c'est de l'histoire ancienne, on pourrait peut-être le laisser tranquille ? » C'est pas moi qui le dit, c'est Ségolène Royal, hein.

Posté par Mirliflume à 18:30 - Actualité - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
Tags : , , , ,


26 octobre 2009

Aller chez mes copains qui habitent pas loin, la nuit.

« Je viens à 21h30 ! »

21h32. Oui, ça va, j'arrive. Juste, je prends mes clés – merde, mes clés, ah putain mes putain de clés, bon, mes chaussures (lesquelles ? Allez, soyons fous, les « à paillettes », je brillerai dans le noir), où sont mes clés ? Bon déjà, mon sac, portefeuille, cigarettes, et tout le kit de survie pour franchir quatre minutes de route sombre sous ciel sans étoiles. Mes clés ? Oh, mes clés. Dans la baignoire.

21h45 Ready to go ! Dès que j'ai fermé le gaz, éteint les lumières, fermé les fenêtres, vérifié que j'avais mes clés.

Trois étages plus bas, me voilà dans la rue. Il pleut à peine. C'est encore plus joli. J'admire mes chaussures à paillettes dans les flaques. Kaléidoscopiques. Le chemin, je le connais par coeur – tourner à gauche traverser le passage piéton prendre la rue en face – des fois je me trompe encore, mais c'est pour rigoler.

Après, il y a cette longue rue un peu sombre, et j'ai toujours un peu peur qu'il y ait quelqu'un dans les voitures garées, éteintes et aveugles sur le trottoir. Mais je ne croise que des quidams sifflotants – c'est marrant d'ailleurs, le soir, quand les rues sont vides, les gens se disent plus facilement bonsoir.

Je suis dans une BD en noir et blanc, bien noir le trait noir, avec de longues berlines qui font des éclaboussures noires et blanches, et des pardessus, et des mégots fumants. Enfin, ça, c'est mon imagination.

Cette longue rue n'est pas si longue – je suis toujours surprise quand je vois, à dix mètres de moi, les néons roses du nouveau Döner qui a ouvert y'a pas longtemps (il est bon, les serveurs sont un peu lents m

ais attachants, et puis ils font des super menus étudiants. C'est précieux, une bonne adresse de Döner).

Les néons roses du nouveau Döner m'indiquent que je dois tourner à gauche, et là, là je suis presque arrivée, et j'ai toujours cette petite satisfaction – déjà là ?

Chaque fois, ça loupe pas, je regarde mon téléphone avec fierté pour voir combien de temps j'ai mis, et je suis presque toujours déçue.
Sur ces entrefaites, je finis par arriver en bas de l'immeuble. Là, si la fenêtre est ouverte au cinquième, j'entends des petits rigolos qui s'imaginent qu'on les entend pas du dehors, et sinon, tant pis.

Je sais très bien que leur nom sur la sonnette est tout en haut en partant de gauche, mais j'y vois rien, et pour être sûre de pas réveiller un voisin, j'allume la lumière avant d'appuyer sur le bouton.

Je sonne, avant de me rendre compte que la porte était ouverte.

Et là. Cinq étages.

Plusieurs écoles s'affrontent. Certains gravissent le sommet quatre à quatre, quitte à vomir des poumons arrivés en haut. D'autres comptent les marches. Moi, j'essaye à tout prix d'oublier que je monte des escaliers, en chantonnant genre « lalalaaa, je pense à autre chose, dididouuu », et une fois arrivée en haut, je feins de m'étonner. « Déjà arrivée ? Pfiou ! »

(Alors que bon, je suis au bord de l'apoplexie)
Je claque la porte... Et... Salut les copains !

IMG_9888

Photo : @ home, @ night

Posté par Mirliflume à 21:29 - Mes P.P. (passionnantes pérégrinations) - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
Tags : , , ,

22 octobre 2009

Scrogneugneu

Magali aurait attrapé la Scrogneugneu. Maux de tête, mal de gorge. Fièvre du lundi matin. Courbatures à l'origine indéterminée (étant donné que le seul sport que fait Magali, c'est le canardage de pots de nutella). Perte de l'appétit (OMG). Le médecin est formel : interdiction de sortir, d'éternuer sur les gens, de bailler la bouche ouverte et d'aller à l'école. Pour Magali, pas grave : elle est étudiante (en lettres, donc de toute façon elle ne branle rien de ses journées, elle n'apportera jamais de fric à qui que ce soit – à part peut-être à tous les pâtissiers, cafetiers et autres tenanciers de bars de Strasbourg). Mais Magali, bravant la douleur, est descendue s'acheter un pain au chocolat à la boulangerie du coin (oui, Magali aime manger et boire, et puis perte de l'appétit oblige, ne la brimons pas lorsqu'elle veut se sustenter un brin.)

Martine, la boulangère, ne se sent pas très bien. On ne va pas se retaper la liste des symptômes, hein. Simplement, le lendemain matin, un joli panneau stabiloté indique sur la porte du magasin que c'est fermé pour cause de maladie (Blandine, la fille de Martine, n'a pas écrit « Scrognegneu », elle voudrait pas effrayer toute la population du quartier non plus. Par contre, elle est nulle en orthographe).

Fermer pour cause de maladie

Merde ! Blandine ! C'est pas compliqué ! Tu remplaces pas un verbe du 3ème groupe ! Mordre pour cause de maladie, ça te pose pas de problème ? Bref. De toute façon Blandine aussi finit par être atteinte, ainsi que son copain Roger qui bosse dans une agence immobilière, et Georges, banquier de son état, qui avait adoré ce petit F6 à la Robertsau, parquet, lumineux, libre de suite. Scrogneugneu !

La ville de Strasbourg toute entière est contaminée. Au lit Strasbourg ! Avec 40° de fièvre, on a jamais eu aussi chaud sous le brillant soleil alsacien. Du coup, une nouvelle vie s'organise. Pour pallier à l'absentéisme du à la maladie, le maire sélectionne les plus vaillants pour installer des lits avec de bons gros oreillers en plume d'oie et des coussins en plumes dans les bureaux de la Ville (même pour Fabienne Keller). Les conseils municipaux deviennent du coup l'occasion de joyeux ébats sans distinctions de couleur politique. Fini le clivage gauche-droite ! Bayrou aurait été heureux (mais à Pau, pas de bol, pas de grippe).

Comme plus personne ne peut aller bosser et que tout le monde est déjà malade, les cinés triplent leurs heures de séances. Au théâtre, on en profite pour présenter d'improbables et incompréhensibles pièces contemporaines ; le public enfiévré et enthousiaste, sujet à des hallucinations dignes des meilleurs champignons mexicains du marché des champignons, participe même aux chorégraphies.

Comme tout le monde a trop chaud, en plein mois de novembre, on voit refleurir tongs, bikinis multicolores et microjupes (avec tout de même une petite écharpe : faudrait pas attraper la mort !). Les supermarchés sont ouverts tout le temps et l'utilité des caisses automatiques est découverte (sauf que quand la machine dit « L'article déposé n'est pas celui enregistré », tout le monde s'en fout).

Comme personne ne veut bosser mais qu'il faut bien pallier aux demandes incessantes du consommateur, les gens s'entraident. Prenons Victor : il a envie de manger au Tarbouche, fameux restaurant libanais, puis d'aller boire une bière au Trou (on est dans la fiction, je le rappelle). Il va au Tarbouche, tape un High5 au cuistot, passe derrière le comptoir, se fait son petit casse-croûte en mettant trop de sauce blanche, et s'en va se tirer sa bière lui-même au Trou. Et c'est comme ça pour tout. A la préfecture, les gens se tamponnent eux-même leurs papiers. A la pharmacie, c'est un peu le bordel parce que tout le monde va dans la réserve se servir et des petits rigolos se font leurs propres mélanges de médicaments (c'est tellement rigolo de mélanger une pilule du lendemain broyée avec du synthol et de la crème pour hémorroïdes, juste pour voir ce que ça fait) et vident le stock de capotes (surtout les fantaisie perlées et nervurées). Les écoles n'ont pas fermé, simplement, les maîtresses ont instauré la sieste de cinq heures pour tout le monde.

Plus rien n'est obligatoire, le temps s'écoule plus lentement, les gens se rapprochent puisque s'isoler ne sert plus à rien. Rassemblés dans cette fièvre collective moelleuse comme un édredon, cette bande de feignasses se laisse glisser sur la vie, doucement, doucement. Quand la Scrogneuneu ira voir ailleurs si elle y est (genre à Marseille, ah non, ça fait un moment déjà...) il sera bien temps de retourner travailler.

Posté par Mirliflume à 22:24 - Actualité - Commentaires [3] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

20 octobre 2009

Kind of bittersweet chocolate

P1000936
Marseille, Février 2009, métro


Ce soir je suis toute seule, et le plafond est mon ciel. J'ai jamais aimé la solitude, en fait. Un repas tout seul, par exemple, ça s'avale en deux minutes pour pas sentir comme c'est glauque. Pourtant, ce soir, c'était bon. Spaghettis aux moules. Ah oui, mais y'avait mon petit frère.

Ce soir je suis toute seule et j'ai plein de choses à dire, mais à qui je vais les raconter ? Faudra attendre demain matin. C'est pas très long. Je devrais arrêter de me plaindre. Mais des fois, une soirée mélancolique peut s'étirer comme un vieux chewing-gum et te faire te sentir vieille à 20 ans.

Ce soir je suis toute seule et j'ai des billiards de choses à faire. Mais la vaisselle dans un appartement vide, avec l'eau soit trop froide soit trop chaude et l'évier trop plein et le débit trop fort pour écouter la radio (qui de toute façon a quelque chose de lugubre quand il fait nuit et qu'il n'y a personne)... Comment dire. Bwah.

Mais travailler à l'ordinateur et devenir aussi blafarde que l'écran. Bwah. Le lit est une option mais j'ai envie de danser, pas de dormir.

Ben oui, Zut ! ça y'est, j'ai été publiée dans mon premier beau magazine et personne n'est là pour le voir (pourtant j'ai pris quatre exemplaires – c'est les quatre mêmes, bien sûr, et ils sont tous trop classes.)

Posté par Mirliflume à 21:54 - Mes P.P. (passionnantes pérégrinations) - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
Tags : , , ,

16 octobre 2009

Fall-Winter collection, and am back again

Y'a une odeur dans l'air... Enfin je dis, air, air, c'est vite dit, je suis cloîtrée de froid au *** rue Sainte Aloïse, aka mon appartement et toutes les fenêtres sont fermées.
Non je veux dire, il y a une odeur d'hiver, paradoxalement c'est une odeur très chaude, presque brûlée. J'ai un foulard et des collants, et envie de manger des Schoko-Lebkuchen (vous savez les coeurs de pain d'épice enrobés de chocolat, mon frère les appelait « les gâteaux qui rappellent Noël » quand il était petit). Ca me fait penser que l'autre jour, à la cafèt', ça sentait la mandarine. Ici, non, ça sent pas la mandarine, c'est pas ce que je voulais dire – y'a des nuages froids dans ma tête aussi, qui m'empêchent de réflechir. Non, ici, c'est une odeur feutrée, très légèrement âcre, une odeur de nuit à cinq heures du soir, une odeur de c'est bientôt mon anniversaire. Silencieuse et joyeuse. C'est l'odeur du radiateur, on a rallumé le chauffage.




DSCF4825
Londres, juillet 2009, pluie, Saint James Park

 

Posté par Mirliflume à 16:13 - Mes P.P. (passionnantes pérégrinations) - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
Tags : , , ,
« Accueil  1