Les petits papiers de Magali

Musique. Petites histoires aussi croustillantes qu'insignifiantes. Coups de coeur/gueule/fourchette/pelle/etc. Récits délicieux d'une vie passionnante (haha). Bienvenue ici, croquantes et croquants.

22 octobre 2009

Scrogneugneu

Magali aurait attrapé la Scrogneugneu. Maux de tête, mal de gorge. Fièvre du lundi matin. Courbatures à l'origine indéterminée (étant donné que le seul sport que fait Magali, c'est le canardage de pots de nutella). Perte de l'appétit (OMG). Le médecin est formel : interdiction de sortir, d'éternuer sur les gens, de bailler la bouche ouverte et d'aller à l'école. Pour Magali, pas grave : elle est étudiante (en lettres, donc de toute façon elle ne branle rien de ses journées, elle n'apportera jamais de fric à qui que ce soit – à part peut-être à tous les pâtissiers, cafetiers et autres tenanciers de bars de Strasbourg). Mais Magali, bravant la douleur, est descendue s'acheter un pain au chocolat à la boulangerie du coin (oui, Magali aime manger et boire, et puis perte de l'appétit oblige, ne la brimons pas lorsqu'elle veut se sustenter un brin.)

Martine, la boulangère, ne se sent pas très bien. On ne va pas se retaper la liste des symptômes, hein. Simplement, le lendemain matin, un joli panneau stabiloté indique sur la porte du magasin que c'est fermé pour cause de maladie (Blandine, la fille de Martine, n'a pas écrit « Scrognegneu », elle voudrait pas effrayer toute la population du quartier non plus. Par contre, elle est nulle en orthographe).

Fermer pour cause de maladie

Merde ! Blandine ! C'est pas compliqué ! Tu remplaces pas un verbe du 3ème groupe ! Mordre pour cause de maladie, ça te pose pas de problème ? Bref. De toute façon Blandine aussi finit par être atteinte, ainsi que son copain Roger qui bosse dans une agence immobilière, et Georges, banquier de son état, qui avait adoré ce petit F6 à la Robertsau, parquet, lumineux, libre de suite. Scrogneugneu !

La ville de Strasbourg toute entière est contaminée. Au lit Strasbourg ! Avec 40° de fièvre, on a jamais eu aussi chaud sous le brillant soleil alsacien. Du coup, une nouvelle vie s'organise. Pour pallier à l'absentéisme du à la maladie, le maire sélectionne les plus vaillants pour installer des lits avec de bons gros oreillers en plume d'oie et des coussins en plumes dans les bureaux de la Ville (même pour Fabienne Keller). Les conseils municipaux deviennent du coup l'occasion de joyeux ébats sans distinctions de couleur politique. Fini le clivage gauche-droite ! Bayrou aurait été heureux (mais à Pau, pas de bol, pas de grippe).

Comme plus personne ne peut aller bosser et que tout le monde est déjà malade, les cinés triplent leurs heures de séances. Au théâtre, on en profite pour présenter d'improbables et incompréhensibles pièces contemporaines ; le public enfiévré et enthousiaste, sujet à des hallucinations dignes des meilleurs champignons mexicains du marché des champignons, participe même aux chorégraphies.

Comme tout le monde a trop chaud, en plein mois de novembre, on voit refleurir tongs, bikinis multicolores et microjupes (avec tout de même une petite écharpe : faudrait pas attraper la mort !). Les supermarchés sont ouverts tout le temps et l'utilité des caisses automatiques est découverte (sauf que quand la machine dit « L'article déposé n'est pas celui enregistré », tout le monde s'en fout).

Comme personne ne veut bosser mais qu'il faut bien pallier aux demandes incessantes du consommateur, les gens s'entraident. Prenons Victor : il a envie de manger au Tarbouche, fameux restaurant libanais, puis d'aller boire une bière au Trou (on est dans la fiction, je le rappelle). Il va au Tarbouche, tape un High5 au cuistot, passe derrière le comptoir, se fait son petit casse-croûte en mettant trop de sauce blanche, et s'en va se tirer sa bière lui-même au Trou. Et c'est comme ça pour tout. A la préfecture, les gens se tamponnent eux-même leurs papiers. A la pharmacie, c'est un peu le bordel parce que tout le monde va dans la réserve se servir et des petits rigolos se font leurs propres mélanges de médicaments (c'est tellement rigolo de mélanger une pilule du lendemain broyée avec du synthol et de la crème pour hémorroïdes, juste pour voir ce que ça fait) et vident le stock de capotes (surtout les fantaisie perlées et nervurées). Les écoles n'ont pas fermé, simplement, les maîtresses ont instauré la sieste de cinq heures pour tout le monde.

Plus rien n'est obligatoire, le temps s'écoule plus lentement, les gens se rapprochent puisque s'isoler ne sert plus à rien. Rassemblés dans cette fièvre collective moelleuse comme un édredon, cette bande de feignasses se laisse glisser sur la vie, doucement, doucement. Quand la Scrogneuneu ira voir ailleurs si elle y est (genre à Marseille, ah non, ça fait un moment déjà...) il sera bien temps de retourner travailler.

Posté par Mirliflume à 22:24 - Actualité - Commentaires [3] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

Commentaires

Merci,j'attendais avec impatience le moment où tu te remettrais à publier. Je passe par là régulièrement, même si ça faisait un temps qu'il n'y avait plus rien de neuf, et là surprise 3 articles tout frais.

Posté par Marx, 26 octobre 2009 à 00:47

:)et de 4 !

Posté par Mag, 26 octobre 2009 à 21:35

=) encooore j'en veux encore des histoires comme ça!!! Merci ma petite Magali! ce texte est très amusant et puis tellement original et plein d'espoir ^^ Allez tombons tous malades pour ne plus avoir aucune obligation! et puis avec ton "scrogneugneu" tu me fais un peu penser à Boris, tu sais bien lequel...(punaise le compliment ;))
A bientôt schmuzele!

Posté par Alicia, 04 novembre 2009 à 15:46

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